Limeil-Brévannes : les charges explosent dans le quartier maudit


Limeil-Brévannes : les charges explosent dans le quartier maudit.

« Découvrez une adresse où la voiture reste discrète, où les allées piétonnes sont privilégiées, où les jardins montent dans les étages… » Direction Limeil-Brévannes. En 2009, cette plaquette commerciale vante les Temps Durables, premier écoquartier avec 90 % d’énergies renouvelables près de Paris. Sept ans plus tard, le rêve écolo se transforme en cauchemar financier dans cet ensemble de 1 250 logements. Les propriétaires viennent de découvrir avec panique que les charges sont deux à trois fois plus importantes que prévues. Les conseils syndicaux consultent associations de défense, avocats, en vue d’éventuelles actions en justice.

Michel* a ainsi reçu une facture de 1 150 € au lieu de 450 € pour ses charges trimestrielles. « On ne comprend pas ce qui se passe, se désole ce propriétaire, installé depuis 2012. Beaucoup ne peuvent pas payer. » La somme couvre la consommation d’eau chaude et de chauffage mais aussi l’amortissement de l’investissement que représente la construction du réseau de chauffage urbain, une centrale biomasse (15 M€ sur 30 ans), gérée par délégation de service public par Cofely (filiale d’Engie). Dans le quartier Pasteur, même surprise. Les 450 logements ont été raccordés à l’usine biomasse pour « élargir l’assise et abaisser le tarif », précise Philippe Lebrun, directeur de la société de chaleur de Limeil, qui dépend de Cofely. Une option prise en 2012 par les porteurs du projet lorsqu’ils ont découvert que les bâtiments de l’écoquartier étaient… plus énergivores que prévu. A ce moment-là, Cofely s’engageait à un tarif d’1,15 € le m2. Pour son trois-pièces, Mylène* a fait ses calculs et se retrouve avec 1,70 € le m2. « On a le crédit à payer, un enfant en bas âge. Comment faire ? », s’étrangle la jeune maman, qui envisage de travailler la nuit.

La maire LR assure « essayer de trouver une solution ». « On pourrait étendre encore le réseau et raccorder l’hôpital. On cherche aussi des financements complémentaires ou encore voir quelles aides sont possibles pour des copropriétés en difficulté », détaille Françoise Lecoufle, qui a mandaté le syndicat Sipperec pour un audit en novembre 2014. L’élue envisage aussi de « dénoncer la convention » avec Cofely. « Les tarifs fixés en 2007 étaient inférieurs à 0,9 € le m2. On en est loin. » Et d’attaquer enfin son prédécesseur qui a « mis en difficulté » les habitants avec « un projet dément ».

 

Des couacs en série aux Temps Durables

Le projet des Temps Durables devait être « exemplaire », selon l’ancien maire Joseph Rossignol (ex PG). En plein débat sur les énergies fossiles, en 2006, l’élu avait imaginé sur cette zone abandonnée de la Ballastière, un écoquartier à énergie positive, trouvant son équilibre « entre écologie, mixité sociale et développement économique ». Les difficultés se succéderont.

Un démarrage perturbé par la butte de déchets. Alors que le chantier de l’écoquartier démarrait, les futurs habitants s’inquiètent, tout comme les riverains de la montagne de déchets illégale de 150 000 t, qui avait poussé en face. Elle sera évacuée en 2012.

Des habitants sans logements. Une partie des appartements devaient être livrés en octobre 2012. Mais les futurs résidants attendront plusieurs mois avant d’avoir les clés. Et certains découvriront par la suite toute une série de malfaçons.

Chauffage au fioul. Jusqu’en avril 2015, c’est une chaudière mobile au fioul qui a chauffé le quartier, en attendant la centrale biomasse (chauffage au bois). Les habitants se plaignent de faibles températures dans les logements.

Des commerces souffreteux. Un pôle commercial de 2 800 m2 a été aménagé. Mais nombre de locaux restent vides. L’intermarché qui s’est fait attendre a fermé en mai dernier.

Pas d’école. Le groupe Marquèze devait suffire pour accueillir les enfants de la zone. Mais ce n’est pas le cas. Une nouvelle école devait être construite à côté de l’usine biomasse. La maire LR a retiré son projet à cause de la pollution du terrain.

Le téléphérique toujours attendu. Certains promoteurs avaient évoqué la desserte du quartier par un téléphérique. Un argument de vente séduisant pour des biens partis en temps record. Le projet porté par le Département connaît du retard.

 

 

Selon la maire LR Françoise Lecoufle, ce quartier « sera bien d’ici cinq ans ». « Il y a tout pour en faire un beau quartier », abonde Raymond Cathala (PS).
Mis à l’index, le délégataire assure proposer des « tarifs équivalent à la moyenne régionale », soit « 1,40 € environ ». « Depuis 2007, il y a eu l’inflation, justifie Philippe Lebrun. Nous respectons le cahier des charges. »

Qui dit vrai dans ce dossier complexe ? Les propriétaires veulent savoir. L’opposition municipale aussi. Lors du dernier conseil municipal, Raymond Cathala (PS) a dénoncé « le désengagement de la maire » : « C’est à elle à faire respecter le protocole d’accord. L’ancienne équipe avait en 2012 fait en sorte de maintenir un tarif raisonnable. On a aucune transparence. » Une réunion publique est prévue le 10 mai, avec toutes les parties prenantes.

*Les prénoms ont été changés

leparisien.fr